"JE NE SUIS PAS VIOLONCELLE QUE VOUS CROYEZ ! "
Propos recueillis par Alain Chouraki

"Aurélie, comment as tu commencé le violoncelle?"
- J'ai fait un an de piano et de flûte à bec.

" Euh, oui? ? ? ! ! ! "
- En fait, lorsque j'avais six ans et demi, j'ai vu un film de  Jean-Claude Brialy, "Eglantine", où l'on voyait un petit garçon qui jouait du violoncelle sur la tombe de sa grand-mère. Bizarrement, j'avais été le voir avec ma grand-mère qui m'a dit après le film " Si je meurs, je veux que tu joues du violoncelle sur ma tombe." J'ai donc appris le violoncelle.
J'ai commencé à l'âge de onze ans avec Maud Simon. J'ai pris des cours, le conservatoire pendant trois ans puis le conservatoire supérieur. Au Conservatoire National Régional, j'ai travaillé le chant classique, l'harmonie et le contrepoint pendant cinq ans. J'ai aussi travaillé avec Michel Sardaby,  Dominique Hoppenot, Renaud Fontanarosa et jean-François Jenny Clarke
A seize ans je me suis découvert une passion pour le jazz en écoutant le pianiste Manuel Rocheman avec qui j'ai finalement eu la chance de pouvoir jouer en concert par la suite.


En répétition avec Manuel Rocheman, 1981

" A cette époque-là, tu avais abandonné le classique? "

- Non, pas du tout, c'était en parallèle avec le Conservatoire. J'ai fait des concerts classiques pendant près de quatorze ans, dont deux ans de tournée en Allemagne avec un orchestre Franco-Allemand. J'ai aussi monté moi-même un orchestre classique, je voulais qu'on joue "Les quatre saisons " de Vivaldi en les faisant swinguer... Ca swinguait pas vraiment, (Rires) mais on a quand même joué à la Madeleine, à Paris !

"Que cherchais tu vraiment à l'époque ? "
- D'une part je voulais faire de la musique pour apprendre, d'autre part, j'avais envie de m'exprimer, de prouver que je n'étais pas nulle (rires). C'est à cette époque que je me suis fait faire un violoncelle électrique (Cello-bass). Le violoncelle électrique n'existait pas en France, c'était en 1989. Je suis la première personne à avoir demandé qu'on lui en fabrique un, avec une corde de plus dans les graves. Le luthier m'avait dit : " Je ne sais pas si je vais y arriver ! " J'avais l'idée de trouver un son qui soit un peu rock n' roll.
C'est d'ailleurs à ce moment là que j'ai joué avec Rido Bayonne qui faisait une sorte de rock africain. Ca  c'est important, ça me plaisait vraiment, et en plus le violoncelle électrique y était très apprécié. Je faisais des riffs au violoncelle et je l'utilisais comme une basse. C'était une super expérience, j'ai joué au printemps de Bourges. Dans ce groupe j'ai joué avec des gens comme Loïc Ponthieux, Paco Sery et Etienne M' Bapé à la basse.

" Tu as joué avec Francis Lassus? "

Oui, mais c'était dans un autre orchestre, le Big Band de Jean-Jacques Rhulmann, de 1988 à 1995il y avait également Marc Michel à la contrebasse. A travers tous ces styles, je ne savais pas ce que je voulais faire réellement. J'avais  envie de trouver le mien, un son de violoncelle qui me soit propre, personnel, je voulais donner la chair de poule aux gens, qu'ils se mettent à danser quand je joue. Je cherchais un "Truc". Et puis mon père avait créé ce cinéma, le vidéostone, qui passait en permanence des films de concerts de Rolling Stones, Jimmy Hendrix, Neil Young, Sting à ses débuts, avant Police... C'était rue des Grands Augustins, probablement qu'à force d'avoir çà dans les oreilles, ça m'a donné envie de faire autre chose. D'ailleurs, quand j'étais au lycée, j'avais tous les badges des Stones, ce n'était peut être pas par hasard!! Tiens, j'ai joué sur l'album " Révolution " d'Alpha Blondy; Le reggae ça m'a bien plu. Après ça j'ai fait de la musique destinée à une pièce  pour les sourds et muets, "Les pierres" de Thierry Roisin.

" Ce genre de contradictions illustre assez bien ta carrière musicale, on dirait? "
C'est vrai, sauf que je ne sais pas si les contradictions sont en moi réellement où si elles sont le résultat d'un déphasage entre ceux avec qui je joue et moi. Par exemple, en 1992, tout en enseignant le violoncelle au conservatoire de la Garenne-Colombes, je suis entrée dans l'Octuor de Violoncelles de Jacques Bernaert .  j'y ai passé la plupart de mon temps jusqu'en 1998. Au début ça leur plaisait



j'étais censée apporter autre chose, de par mon parcours contradictoire ou plutôt atypique. Le son du violoncelle électrique sonnait comme une guitare de hard rock dans certaines compositions, notamment une de Stolet. Ils me disaient que j'étais l'exception qui confirme la règle.On  a fait plusieurs festivals de musiques contemporaines - Rencontres Internationales d'ensembles de violoncelles de Beauvais, Musica Strasbourg, 38ème rugissant de Grenoble ... - des tournées, notament en Afrique en 1995, et des enregistrements. On a joué avec Luis Claret (Casals- Boulez - Part) Anner Bylsma (Kousnetzof), Richard Galliano, Jean-Charles Capon, l'Ensemble Orchestral de Paris (Florentz - Petit - Bacri - Castérède). On a participé à plusieurs émissions de radio sur Radio France et France Musiques, et des émissions de télévision comme le Cercle de Minuit (2 fois) et dimanche Martin. On jouait toujours en direct. Cette
période reste un bon souvenir pour moi  et je suis partie quand j'ai commencé à me demander ce que je faisais là !! Et puis je voulais absolument faire "ma musique" !

" Mais tu n'as pas joué que dans l'Octuor  de Violoncelles durant cette période? "

- Non bien sur. J'avais mes cours au conservatoire de la Garenne-Colombes, où j'enseigne toujours. Et puis j'ai commencé à jouer dans des spectacles musicaux autour de la chanson Française. En 1997, j'ai joué dans le spectacle de Céline Bothorel, "Mon homme", sur des chansons des années quarante. J'étais en duo avec un accordéoniste, Bertrand Lemarchand.  On jouait la comédie en même temps. Il y avait une ambiance très forte, avant de monter sur scène on se donnait la main. Dans ce spectacle, j'étais moi-même, je me suis vraiment éclatée à faire ça. Je voulais jouer sans penser aux grilles et aux notes.  La même année j'ai participé à l'album de Rachel des Bois, "Tidam". J'ai aussi joué avec un groupe de rock celtique, The sun of the Desert.

" Ton expérience dans la chanson s'est arrêtée là?"

- Pas du tout, après le spectacle "Mon homme", j'ai joué dans le spectacle "Piaf, l'ombre de la rue" sous la direction de Thomas et Jean Bellorini. Nous avons joué ce spectacle plus de 400 fois de 2001 à 2009. En 2003, à la suite d'un concert de chanson Française, Jean-Louis Trintignant, présent dans la salle , m'a demandé de l'accompagner pour la première de son spectacle "Apollinaire".       L'année suivante, l'association Meuh ! Production m'a invité à participer à l'album de Louis Lucien Pascal. J'ai écrit et arrangé pour violon et violoncelle. Il y en a  d'autres que l'on peut retrouver dans ma discographie.'

" Tu disais tout à l'heure vouloir faire " ta musique ", tu en es où aujourd'hui? "
- Et bien j'ai avancé dans la direction que je souhaitais. J'ai composé plusieurs musiques pour des pièces de théâtres, jouées ou en passe de l'être. J'ai vécu une belle aventure en participant à la musique du premier court métrage de Joël Zafarano "Une épreuve" où dans un cahier des charges très précis,  j'ai eu toute la liberté de créer le générique de fin, la musique du film étant composée par Laurian Daire, que j'ai rencontré sur le spectacle "Piaf". C'est d'ailleurs avec ce pianiste que j''ai monté mon premier spectacle "Crochambule un récital atypique" que nous avons joué à Paris fin 2010, et que nous rejouerons très bientôt un peu partout. 

" Tu peux m'en dire plus sur ce spectacle? "
- Tout est parti de Piaf ! pendant les balances nous jouions des standards de jazz ou du classique. On a commencé à jouer la sonate de Brahms, et puis l'idée nous est venue de travailler un répertoire classique. On a répété une fois par semaine pendant un an, et un jour on avait un programme de prêt. On s'est dit que jouer seulement du classique ce serait ...trop classique, alors on a jouté quelques standards de jazz, un morceau de RnB et des compos à nous. Je voulais que ce spectacle soit magique et atypique. Comme j'ai un son fragile, je me sens parfois comme un funambule sur son fil, et là,  le fil ce sont les notes. Très vite le nom de Crochambule s'est imposé à moi, crochambule avec un seul "L" comme funambule !

" Tu as d'autres projets? "
- La reprise de mon spectacle, l'enregistrement des musiques de ce spectacle.  plusieurs participations sur des albums de couleurs différentes, et toujours la composition de nouveaux morceaux dans mon home studio.

" Finalement tu as joué sur la tombe de ta grand-mère ? "
- oui mais il y a peu de temps, en 2000. J'appréhendais ce moment car je pensais qu'après avoir tenue ma promesse, mon amour et mon envie de jouer du violoncelle disparaitraient... et c'est tout le contraire qui s'est passé. Je suis allée au cimetière de Cande Saint-Martin,  j'ai mis ma chaise devant la tombe de ma grand-mère et j'ai joué pendant une heure et demi. Quand j'ai terminé, je me suis aperçue que quelques personnes s'étaient arrêtées pour m'écouter, et qui sait, se recueillir.

" En un mot, comment te définis-tu en tant que violoncelliste? "
- Atypique ! ! ! (rires)

2016 : Enregistrement du cd " Je ne suis pas violoncelle que vous croyez ! ", musique du spectacle théâtral, sortie décembre 2016
2015 : Première du spectacle "Je ne suis pas violoncelle que vous croyez !" à l'auditorium  du moulin des muses (91), captation vidéo
2014:Travail sur un nouveau spectacle à venir "Je ne suis pas violoncelle que vous croyez ! "
2012 à aujourd'hui:Concerts "Aurélie Verrier et Le dieze fantastique" .....Documentaire Arte "Pianotine" sur "le dieze fantastique"
2012:Enregistrement Album Solo "Un dieze fantastique"
2011: nouvelles compositions en vue d'un album solo - arrangements cordes pour le premier album de la chanteuse Camille Dorman (enregistrement prévu au printemps 2011). Concerts avec Louis Lucien Pascal , piano-voix violoncelle, Enregistrement des musiques du spectacle "Crochambule".

2010 : Participation à la 65è  commémoration  de la libération du camp d'Auswichz à l'hôtel de ville de Paris avec Thomas Bellorini, et la chorale de Saint-Michel de Picpus, Patrice Fontanarosa, en présence de SImone Weil, Bertrand Delanoë, Hubert Falco / Composition de la musique pour la pièce "Des baisers sont des baisers" d'après "On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset/ Crochambule, un récital atypique au théâtre douze à Paris puis en ile de France

2008/2009 : "Crochambule" ­ Conservatoire de musique Albéric Magnard d'Evry (91)­Valensole (04)/Cie "Rue De Berlioz"

2001 à 2009: Spectacle musical “Piaf, l'ombre de la rue”, réalisé par Jean et Thomas Bellorini. Plus de 400
représentations ­ (www.ombredelarue.com)

2005/2007 : Spectacle musical “Traces de doigts sur un comptoir” : accompagnement et arrangements sur les compositions de Thomas Bellorini (théâtres du Sentier des Halles et de la Fenêtre à Paris) avec Marie Perrin (comédienne/chanteuse);

2006 : Théâtre musical “l’opérette imaginaire” de Valère Novarina (théâtre du Lavoir moderne, à Paris) : arrangements et composition sous la direction de Jean Bellorini;

2004 : Spectacle “Apollinaire” avec Jean­-Louis Trintignant (Arles et Lille, janvier-­avril);

2003/2004: Yerso (musique Arménienne) - Théâtre du Toursky Marseille, Théâtre de l'esprit Frappeur en Suisse

2000 : Tour de chant avec Francesca Solleville, sur des textes d'Allain Leprest;

1997 : Spectacle “Mon homme, métro music­hall” (répertoire années 50) réalisé par Céline Bothorel (Théâtre Clavel, Paris).

1992/1998 : L'Octuor de violoncelles de Beauvais, ensemble de création, direction Jacques Bernaert (concerts et festivals dont Musica et 38e Rugissants);

1986/1993 : Big band J.J. Ruhlmann (tournées et festivals de jazz);

1988/1990 : Orchestre de Rido Bayonne (Auditorium des Halles, Olympia, ...).
Enregistrements de musiques de films ou de spectacles (interprète et/ou arrangeur et/ou compositeur)

2006 : générique du cour métrage “L'Épreuve” (réalisateur Joel Zaffarano) en tant que compositeur et
violoncelliste. Violoncelle interprété sur une musique de Laurian Daire. Générique d’une Émission sur Jules Verne pour Arte, musique de Philippe Durand

2005 : Documentaire “Le Louvre” pour TV5 et Arte (réalisateur Stéphane Krausz, musique de Michel Sardaby); “Bleu”, arrangements sur des compositions de J. Bellorini, théâtre Montansier, Versailles.

2004 : “Yerma” de F.G. Lorca, mise en scène M. Ballet et J. Bellorini, théâtre du Soleil, parrainé par A.Mnouchkine ; 2003 : Musique pour documentaire sur les incendies : “Zone interdite ” ­ M6 ; film publicitaire pour Peugeot : arrangement de “La vie en rose” pour 5 violoncelles ;

2000 : Documentaire “A huis clos” pour Arte, musique de Philippe Durand

1992 à aujourd'hui:Professeur de violoncelle au Conservatoire de la Garenne Colombes (www.conservatoirelagarenne.com).

1986 : Spectacle chorégraphique de K. Saporta au CCN de Caen, musique de G. Cascales

1984 : Court­métrage “La tornade”, réalisateur Romain Goupil, musique de J.S. Bach.
Prestations ponctuelles au côté de Richard Galliano (1995), Manuel Rocheman (1982). Coach musical
de Niels Arestrup dans le film « Le pique nique de Lulu Kreutz » de Yasmina Reza (1999).

Enregistrements de CD

2006 : Marie Perrin : “Traces de doigts sur un comptoir” : violoncelle et arrangements sur des compositions de Thomas Bellorini ; Julie Rousseau : “Ainsi vont” : violoncelle et arrangements, en collaboration avec Sylvain Tardy.

2004 : Louis Lucien Pascal “En attendant l'orage” (Meuh ! Production) : violoncelle et arrangements.

2003 : Gérard Prats "Sur les chemins de plus personne": violoncelle composition et arrangements. Claude Duguet et Bruno Granier “Sauf le respect que l'on vous doit” (coproduction B.F.M et France Bleue Hérault) : violoncelle et arrangements. Mais aussi... Rachel des Bois (Barclay), violoncelle (1996); Michel Sardou (Barclay), violoncelle (1994); L'Octuor de violoncelles dirigé par Jacques Bearnert (Transe européenne) ­3 cds répertoire xxe et créations (1993-­1997); Album “Windows du Big Band” de J.J.Ruhlmann, violoncelle (1990);

1989 : Alpha Blondy (Pathé­Marconi).